06 avril 2006
Antarctic Journal
Six grimpeurs coréens se lancent à la conquête d’un challenge
qui a été relevé la dernière fois en 1958 par une expédition soviétique : Le
point d’inaccessibilité qui représente l’endroit le plus éloigné des cotes
de l’antarctique. Durant ce voyage, l’équipe va trouver le journal d’une
expédition anglaise menée 80 ans auparavant et, c’est à partir de ce moment que
des phénomènes étranges vont se produire.
C’est à coups de plans larges filmés depuis les airs, que
l’on nous présente les hommes de l’équipages. Ils marchent fièrement
sur l’immense tapis blanc arctique. A l’exception de Kim Min-jae (
interprété par Yoo Ji-tae le bourreau de old boy ), Ils ont tous déjà travaillé
sous les ordres de leur capitaine ( Song Kang-ho que je considère comme le
Gérard Depardieu coréen ). Ils le voient comme un héros et le respectent comme
un père et,c’est avec détermination et envie de se surpasser qu’ils le suivent.
On découvre vite le quotidien morne de ses hommes. Ils
marchent, mangent du porridge, dorment, marchent, mangent du porridge, etc…
Le périple se fait de plus en plus douloureux. Les hommes
sont fatigués, affamés et atteint par la gangrène pour certains et ce n’est pas
la présence surnaturelle qui va les aider bien au contraire. Je l’appelle
présence surnaturelle car je ne saurai lui donner d’autre nom ( le choix est
laissé au spectateur de lui donner une identité. On peut imaginer que c’est le
fantôme d’un alpiniste ou tout simplement un des esprits maléfiques de la
montagne ). Cette chose que l’on ne voit jamais et que l’on devine tapie sous
la neige a épier l’équipe provoque des hallucinations chez les uns ou développe
un sentiment de paranoïa chez les autres. Après une scène a vous retourner
l’estomac (le capitaine qui scie le pied gangrené d’un de ses équipiers
), ce n’est finalement qu’a deux qu’ils atteindront le point
d’inaccessibilité.
Voilà. Pour un premier film, c’est un pari réussit. A aucun
moment le film ne faiblit ou s’enlise pour se transformer en une vulgaire série
b fantastiquement cheap. J’avais peur de tomber sur une re-sucée de film
d’horreur japonais mais il n’y avait rien de tout cela. Je n’y ai vu qu’un
scénario intelligent, une mise en scène inventive et surtout une interprétation
de très haut niveau ( grâce notamment a Song Kang ho mais surtout grâce à Yoo
Ji-tae )
Viandox
26 mars 2006
The taste of tea
On décrit souvent le japon comme un ensemble de
mégalopoles ou les « salary men » (employés de bureaux au Japon ) sont speedés
a mort. Un pays ou ça va vite et ou toute action entreprise devient rentable.
Katsushito Ishii prends le contre-pieds de cette image pour nous emmener a la
campagne à la rencontre de la famille Haruno. Eux ils prennent le temps
de vivre et d'apprécier le moment présent. Mais ce n'est pas leur seul force.
Chacun dans cette famille de farfelu a une histoire a raconter si on prends le
temps de les écouter. Sachiko la cadette elle essaye désespérément de se
débarrasser de son double géant qui la suit partout. Hajime son grand frère
aimerai bien défier sa timidité pour avouer son amour a la nouvelle venue dans
sa classe. Yoshiko la mère de famille reprends ses activités de mangaka (
dessinatrice de mangas ) aidé par son beau père qui exerce la même activité.
Nobuo le père de famille pratique quand a lui l'hypnose thérapeutique et le
dernier membre de la famille, l'oncle Ayano est un ingénieur du son un peu
spéciale.
Voici
3 bonnes raisons de voir ce film
1/ l'esprit complètement décalé de ce film ou le contemplatif ne rime pas avec
ennui
2/ la galerie de personnages farfelus qui ferait penser a une version live de
mes voisins les Yamada
3/ Tadanobu Asano qui est un acteur formidable. Comme Sean Penn, ce qui est
énervant avec cet acteur c'est qu'il est toujours bon.
Viandox
Seven Swords
« C'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes » cet adage
s'adapte parfaitement a l'élan cinématographique chinois du moment. Après un
retour fracassant de Jackie Chan dans un New Police Story gonflé à bloc, c'est
au tour de Tsui Hark, un autre cinquantenaire de revenir sur le devant de la
scène avec son dernier film, j'ai nommé Seven Swords.
Wu Xia Pan Power
Alors qu'on le croyait artistiquement mort et condamné à réaliser des films
difformes et indigestes comme Black Mask 2, c'est en 2004 que Tsui Hark fait de
nouveau parler de lui et de son projet ambitieux. A l'heure des autoroutes de
l'information, le bruit ne met pas longtemps à se propager. Les fans surexcités
se pressent de relayer l'information sur les forums et autres sites Internet en
espérant que Seven Swords sera à la hauteur de The blade, le chef d'œuvre que
le réalisateur nous a offert en 1995. C'est d'un grand cri solennel que les
adorateurs de Hark scandent : « Alléluia le messie est de retour ! ».
En 2004 donc, le monde entier est au courant que Tsui Hark réalise un wu xia pian. Le genre a été popularisé par Chang Cheh dans les années 60 et est revenu a la mode en l'an 2000 grâce à Ang Lee et son Tigre et Dragon ainsi qu'à Zhang Yimou et ses deux films Hero et Le secret des poignards volants. Pour Seven Swords, Tsui Hark ne s'embête pas trop avec les scènes contemplatives. D'ailleurs son scénario ne s'y prête pas vraiment. Le film conte l'aventure de 7 sabreurs possédants chacun une épée avec un pouvoir spécifique. Ces sabreurs s'unissent pour lutter contre des chasseurs de primes qui déciment les villages chinois.
Oubliez les scènes de Hero ou les protagonistes se battent dans des décors
ressemblant a des tableaux colorés. Oubliez les combats aux allures de ballets
de Tigre et Dragon. A l'opposé de ses collègues Lee et Yimou, Hark réalise un
film brutal et bestial et dès les premières images, on est prévenu. On sait que
le film sera axé sur les combats.
Seven Swords = The Blade 2 ?
La question brûle les lèvres de tous ceux qui ont redécouvert le cinéma
grâce à The Blade : est ce que Seven Swords est aussi bon que The Blade, Tsui
Hark est-il capable de réitérer l'exploit de 1995 ? Si en posant la question on
se demande si les chorégraphies des combats sont impressionnantes alors là, je
dis oui. La scène qui ouvre le film, un vrai monument de cruauté en est la
preuve irréfutable. C'est un massacre de villageois où la caméra devient
furieuse et où le cinéma de Tsui Hark reprend pleinement ses droits de siéger à
l'Olympe du septième art. Si le réalisateur d'origine vietnamienne se permet
une entorse à la promesse faite a son public de ne pas utiliser de câbles pour
ses combats, il n'en reste pas moins vrai que les scènes de mêlés ou autres
affrontements sont spectaculairement bien réglées. De ce coté la, on est
rassuré. A vrai dire, avec l'artiste martial Donnie Yen a la tête des 7
sabreurs il ne pouvait pas en être autrement...
Par contre, là ou le film pêche, c'est dans la multiplication des personnages
principaux. Si dans The Blade, le héros était seul, dans Seven Swords, les
héros sont sept et à l'exception de quelques maigres flash-back, on ne connaît
rien de leurs motivations ou de leur passé. Ils sont balancés à la face du
spectateur tout comme le créateur des 7 épées. Si les héros ont été choisis
pour porter les 7 épées, on ne sait pas non plus pourquoi. C'est dommage, cela
empêche de s'impliquer au delà du simple statut de spectateur. J'aurais le même
reproche pour la meute de chasseurs de primes. Ils sont habillés comme si ils
sortaient tout droit d'un conte d'heroïc fantasy ou d'un RPG mais leurs
caractères n'ont aucune épaisseur. Ce sont juste des brutes sanguinaires avec
de grosses épées. Dix ans après The Blade, Tsui Hark arrive encore à innover.
On en oublierait presque son détour par Hollywood et son insupportable Black
Mask 2. Si les combats orchestrés avec brio de Seven Swords arrivent encore a
nous étonner, il manque un petit quelque chose pour donner à ce film une
dimension épique. Un petit quelque chose qui s'est peut être perdu dans les
bobines supplémentaires que Tsui n'a pas monté. On sera fixé si un jour on
découvre le montage de 4 heures qu'il devait diffuser au cinéma.
Viandox
A toute épreuve
En
partance pour les USA, John Woo souhaite quitter Hong Kong en laissant une
trace indélébile de sa présence dans le paysage cinématographique de l’ancienne
colonie britannique. C’est chose faite avec son meilleur film à ce jour, son
chef d’œuvre, j’ai nommé : A toute épreuve. Il nous concocte un polar nerveux
ou Tequila, flic border-line fait équipe avec Tony un flic infiltré dans la
mafia pour faire tomber un puissant vendeur d’armes qui sévit sur Hong Kong.
Un accouchement dans la douleur
C’est un pont d’or qui est proposé à John Woo pour aller travailler à Hollywood
mais, ce dernier ne veut pas quitter la ville qui l’a vu grandir sans rendre un
dernier hommage à son public. C’est dans la douleur et l’artisanat
cinématographique qui caractérise les tournages à Hong Kong de l’époque, que
naît Hard Boiled.
Si on reconnaît indubitablement la maestria du maître en regardant les premières images du film, le tournage lui, n’a pas été de tout repos. Woo savait qu’il voulait offrir au public un film dans la lignée de l’inspecteur Harry. Il commence à tourner la première séquence de son film dans l’urgence, sans scénario parce que le salon de thé dans lequel se déroule la séquence d’introduction du film devait être détruit. Sitôt l’équipe de tournage hors du lieu que déjà, l’équipe de démolition s’afférait à effacer le bâtiment de la carte. Hélas, ce n’est que le début des ennuis...
Le scénariste et amis de Woo, Barry Wong qui envoyait le scénario au fur et a mesure que le film avançait décède d’une commotion cérébrale alors que les 2/3 du script étaient encore à écrire. A ce stade, le personnage de Tony ( le flic infiltré ) était encore un terroriste inspiré d’un fait réel. Finalement Woo s’affranchira du script pour tourner au feeling. Il s’enferme dans une ancienne usine qu’il transforme en plateau et y reconstitue les décors de l’entrepôt et celui de l’hôpital. Le réalisateur se transforme en despote. Empêchant les techniciens de rentrer chez eux, les privant de sommeil. Pendant un mois et demi, les techniciens ainsi que le réalisateur travaillent presque 24 heures sur 24 pour terminer le film dans les courts délais imposés par la production. Les techniciens travaillent d’arrache pied et Woo est le seul sur le plateau à savoir à quoi ressemblera le film.
Malgré le voyage au bout de l’enfer que représente le tournage, A toute épreuve sort en salles a Hong Kong en 1992 et deviendra une référence pour toute une génération à travers le monde. A partir de ce moment, le style John Woo étant à la mode n’aura de cesse d’être copié.
Un style à toute épreuve
Alors que John Woo voulait que A toute épreuve soit aussi réaliste qu’Un après
midi de chien, il en a fait une sorte de Piège de cristal à Hong Kong pour mon
plus grand bonheur ! Pour ce faire, il utilise les bonnes vieilles méthodes
qu’il a expérimenté en tant que réalisateur ou comme premier assistant de Chang
Cheh.
Tout d’abord, il ne s’embarrasse pas de rôles secondaires. Les deux acteurs
principaux se taillent la part du lion. Ce sont les personnages les plus
fouillés, les plus construit du film. D’un coté, il y a Tequila le flic
consciencieux joueur de clarinette à ses heures perdues qui souhaite venger la
mort d’un de ses collègue. Et de l’autre, on a Tony, flic infiltré dans la
mafia, rongé par la solitude qui se calme en faisant de l’origami. Son
supérieur hiérarchique ( qui est aussi celui de Tequila ) est le seul à
connaître son identité. Les deux flics aimeraient faire bouger les choses et
taper un grand coup mais ils se gênent mutuellement donc, ils vont unir leurs
forces dans le combat contre le crime. Woo utilise ici le même schéma que Chang
Cheh à savoir deux personnalités masculines forte qui ont la même motivation et
qui se battent à l’image des Samurais avec droiture et respect de l’autre quitte
à reléguer la femme dans un rôle de figuration ( ici c’est Teresa Mo qui en
fait les frais ). Certains taxeront Woo de prôner l’homosexualité dans ses
films, moi je préfère penser simplement qu’il n’est pas à l’aise avec la gent
féminine.
Une autre des recette du maître de l’action made in Hong Kong est justement
l’action ! Sous ses indications, les gunfights se transforment en balais où les
Beretta et autres AK47 ont remplacés les petits rats d’opéra de Pékin. La
preuve la plus flagrante est ce plans séquence de 3 minutes pendant lequel, les
deux héros nettoient deux étages d’un hôpital remplis de bandits à coups de
fusil a pompe et d’armes automatiques. Chez certains réalisateurs cette scène
aurait été brouillon mais Woo la sublime et la transforme en un morceau de
bravoure.
La dernière pièce maîtresse du cinéma de Woo se nomme David Wu. C’est son
monteur officiel qui officie aussi sur A toute épreuve comme réalisateur de la
seconde équipe. Cet homme est passé maître dans la technique de montage pour dynamiser
le cinéma de Woo plus qu’il ne l’est déjà. Comme Woo tourne avec plusieurs
caméras simultanément pour gagner du temps, Daniel Wu n’a plus qu’a laisser
parler ses doigts experts pour placer le spectateur au cœur de l’action.
Après ce bijou, John Woo a quitté Hong Kong pour gagner en liberté de
mouvements. Malheureusement, il a laissé derrière lui la recette pour réaliser
des bons films. J’espère qu’il la retrouvera rapidement.
Viandox




